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Mario MACCIOCHI

18/08/2011 - Lu 2605 fois
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Note moyenne : 1.9/5 (17 notes)

1874 - 1955

            Mario MACIOCCHI est né à Rome le 04 avril 1874. En cette fin du XIXème siècle, la mandoline connaît en Italie une vogue extraordinaire. Il y a un instrument dans chaque famille ; tout le monde en jouait !

 
            Mario MACIOCCHI a entendu, puis joué, les airs en vogue d’inspiration populaire et romantique. C’était alors la mode d’aller donner des sérénades pour telle raison sous la fenêtre de Madame, pour telle autre devant la demeure de Monsieur, pour telle autre enfin, plus évidente, sous le balcon de Mademoiselle…!! Mario MACIOCCHI jouait fort bien de la mandoline et était souvent sollicité par ses camarades pour aller ainsi donner la sérénade en divers lieux de Rome.
 
Il est formé par le maestro BENEDETTI (solfège) puis par BRONTOLI et CONSORTI père, pour la mandoline et la guitare
             CETACCIOLI, professeur à l’Académie SAINTE CECILE à Rome, s’intéresse à lui et l’admet à ses leçons d’ensemble, à ses cours de composition et de direction d'orchestre, lui donnant des conseils dont il se souviendra plus tard.
 
 . A 17 ans il fait partie, comme violoncelliste, du célèbre “ Quintette Romain ”, une formation professionnelle aux côtés de FANTOLI, DE CUPIS, ANTONIETTI, PELGE, puis c’est le départ pour l’Amérique du sud.
 
En effet sa jeunesse et son tempérament fougueux (il est né sous le signe du Bélier) ne se satisfont point de cette vie ; il a hérité de sa mère, Thérésa (d'ascendance espagnole), ce caractère très particulier, d’aucuns ont pu dire, ou penser, son "mauvais caractère ” et cet esprit baroudeur.
 
            Il parlera toute sa vie de ce voyage pour l’Amérique du sud malgré les passages de maladie (la fièvre jaune), de misère et de déboires qu’il connut là-bas. Il étudie et travaille sans cesse la musique qui est sa passion ; il travaille le piano, le violon et surtout le violoncelle qui au secret de son cœur avait gardé toute sa préférence. Ce fut certainement le regret de sa vie de devoir abandonner le violoncelle.
 
Sa vie ne sera pas un parcours semé de roses. Elle sera endeuillée par les deux guerres mondiales. Pendant la seconde il sera contraint de se réfugier à LONDRES puis de retour à PARIS connaitra des difficultés familiale qui le contraindront à vivre seul.
           
                       
            Mario MACIOCCHI qui était venu à la mandoline en musicien amateur se met à approfondir la technique de cet instrument et en recherche toutes les possibilités expressives. Qui se plaindrait aujourd’hui de cette orientation? Certainement pas ce guitariste qui disait récemment: "pour moi, Mario MACIOCCHI est le BEETHOVEN de la mandoline et de la guitare".
 
            En1900 Mario MACIOCCHI revient à Paris où il se fixera définitivement en 1906. En 1905 il avait encore gagné quelques galons à LIEGE (Belgique) à la tête de deux orchestres symphoniques.
 
            En cette même année 1905 Mario MACIOCCHI réalise une méthode complète de guitare, primée avec médaille d’or, dont la diffusion est interrompue par la mort de l’éditeur.
 
            Donc en 1906 Mario MACIOCCHI est à Paris d’où il ne s’échappera que pour des voyages très courts; il dirigera les meilleurs O.A.P. de France et des pays limitrophes.
 
            C’est aussi en 1905 qu’il crée le magazine L'ESTUDIANTINA  qui devait être au service de la musique plectrale jusqu’en 1939. Ce journal était le lien entre tous les O.A.P. et publiait de nombreuses compositions.
 
            A cette époque où l’on jouait "Les adieux à Cordoue" " les Noces Bressannes" " et la fantaisie sur "Le petit Duc", L'ESTUDIANTINA avait une énorme importance. Sous l’impulsion de son fondateur, qui signait sous le pseudonyme de "Monsieur de Rome", le magazine publiait successivement "Armor","Les amoureux du moulin","Renata","Une fête à Rome","Itala","Le ballet des fées","Impressions d’Espagne","Kermesse champêtre" avec chœurs, et tant d’autres morceaux qui figurent encore aux répertoires des O.A.P. d’aujourd’hui. Quant aux "Estudiantinas" de l’époque, elles poussaient comme des champignons, dans le droit fil du développement de la musique populaire, c’était pour elles l’âge d’or ! !
 
            Ce n’était que le début d’une longue marche qui conduira aux, "Festin des Dieux","Impéria","Le triomphe des ailes";"Floralia","Trionfo d’amore","Prélude en Fa" et à ce pur joyau de l’art musical, "La Festa del Grano" et qui a été exécutée dans tous les pays où l’on joue de la mandoline.
 
            C’est toujours le même Mario MACIOCCHI qui a enrichi le répertoire de ses arrangements d’une incontestable valeur musicale et qui a déclaré à la Société des auteurs et édité plus de 800 compositions sans parler de toutes les œuvres d’un jour composées spécialement pour un examen ou un concours et qui ne furent jamais éditées.
 
            Il avait donc choisi pour le journal  L'ESTUDIANTINA  de signer "Monsieur de Rome",  puis, lorsqu’il a commencé à être connu il a signé ses compositions de son véritable nom. Mais il était tellement prolifique qu’il craignait de lasser le public par les nombreuses parutions de son nom. Il lui fallait aussi, étant en concurrence avec la maison d'édition pour plectres de Jules et Madeleine COTTIN, faire croire que la sienne comportait plusieurs collaborateurs......dont la "Comtesse Olga DELYS.".. l'anecdote est savoureuse et montre toute la malice du Maitre.
 
Certain jour une comtesse lui apporte une petite composition sans réelle valeur musicale ; le maître l’écoute, c’est gentil sans plus. C’est alors que lui vient l’idée de son second pseudonyme :  Si je signais Comtesse OLGA DELYS, se dit-il, cela sonnerait bien, et… tous les amis et connaissances lorsqu’ils vont savoir cela, pourront dire : Vous connaissez la Comtesse Olga DELYS… avec sa grande barbe noire...!"
 
            Malgré un travail important, Mario MACIOCCHI donnait des leçons de guitare et de mandoline. Pour ce dernier instrument il était le maître incontesté et de ce fait avait pour élèves des personnes issues de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie… des baronnes, des comtesses, etc… Cela l’amusait énormément car les titres de noblesse ne l’impressionnaient nullement.
 
                        Un autre trait de son caractère, le désintéressement, peut être illustré par une anecdote qui met en scène le célèbre compositeur Vincent SCOTTO. Il était l’ami de Mario MACIOCCHI (ils se fréquentaient dans le quartier de la Porte St Martin à Paris – même éditeur : Paul BEUSCHER -). Vincent SCOTTO qui avait en main le texte d’une chanson était très embarrassé pour trouver la ligne mélodique et il en parla à Mario MACIOCCHI qui précisément venait de terminer une charmante composition. Il donna le manuscrit à Vincent SCOTTO et c’est ainsi que naîtra le grand succès populaire "La petite tonkinoise".
 
            Son œuvre majeure, "La Festa Del Grano", a été jouée partout dans le monde. Deux présentations de cette œuvre, distantes de près d’un demi siècle, constituent des souvenirs particuliers. En 1950 aux Arènes de Lutèce, le Maître avait réuni près de 200 exécutants (instrumentistes et choristes) avec la participation de grands noms de l'Opéra de PARIS.. Les plus anciens d’entre nous se souviennent encore de cette monumentale prestation plectrale. Pour ma part je garde le souvenir du petit homme barbu de 76 ans qui nous dirigeait et aujourd’hui ce souvenir unique est conservé quasi religieusement dans l’écrin de ma mémoire.
 
            En 1997 c’est le Japon qui rend hommage à Mario MACIOCCHI, vénéré au pays du soleil levant. Pour la circonstance Madame Françoise MACIOCCHI, maître de chant à l’Opéra de Paris, a été invitée à diriger l’œuvre de son grand-père dont un poster géant ornait le fond de scène: " Ce fut extraordinaire de diriger, pour la 1ère fois, un grand orchestre symphonique à Plectre mais je ne suis pas certaine que mon grand-père, là-haut , fut très content".
 
            Outre la modestie de Madame Françoise MACIOCCHI sa remarque porte sans doute sur le fait que le Maître n’aimait pas beaucoup que l’on empiète sur son territoire: la musique.!
Son caractère entier générait en lui des réactions de jalousie.
 
 
Mario MACIOCCHI savait reconnaitre les talents. Les Parents de Madame MACIOCCHI avait reçu, arrivant de son pays natal, Monsieur Alexandre LAGOYA, le regretté maître de la guitare. "Grand-Père était au bout de la table, raconte-t-elle, il écoutait le guitariste, les yeux souriants, le regard brillant. Lorsque le talentueux artiste eu terminé son interprêtation Grand-Père lui dit : Monsieur vous êtes un charmeur".
 
Le destin devait réunir à nouveau ces deux hommes en 1950 . Mario MACIOCCHI dirigeait son dernier concert avec le MANDOLINE ORCHESTRE DE PARIS. Alexandre LAGOYA participait à ce concert ; c'était, pour lui, sa première prestation à PARIS et cela se déroulait au...."Conservatoire National Supérieur de Musique" ...dont Monsieur LAGOYA sera titulaire de la chaire de guitare en 1969.
 
Le Maître passa les dernières années de sa vie rue Saulnier, à PARIS, dans un petit studio où il donnait des leçons de guitare et où il recevait ses amis...sa "caverne"....comme il se plaisait à nommer ce lieu. De nombreuses photographies lui rappelaient les étapes de sa vie et il baignait au milieu de ses souvenirs........souvenirs qui seront entretenus jusqu'à sa disparition par la regrettée Madame ADOFE et qui sont aujourd'hui pieusement conservé par Mr et Mme Christian SCHNEIDER.
 
Il s'est éteint le 9 Novembre 1955, à 81 ans, à la suite d'une courte maladie. Il avait le pressentiment de sa mort ; le jour de son entrée à l'hôpital il eut ce mot : "C'est la fin maintenant".
 
Son nom restera, avec ceux de COTTIN, PIETRAPERTOSA, MEZZACAPO, FANTAUZZI, CALACE, KOK, ZURFLUH,.....etc.....attaché à l'art plectral.
 
La musique de Mario MACIOCCHI est l'expression permanente de ses états d'âme...de ses pulsions...de son tempérament à la fois fort et sensible...comme une confidence sans cesse renouvelée...! A ce titre on peut le percevoir comme l'héritier du charme italien...du romantisme et de l'art lyrique français de la fin du XIXe siècle.
 
Ce compositeur dont l'oeuvre est méconnue du grand public, possédait une palette incroyablemùent riche...De la mélodie intimiste au chant religieux, sa musique peint des tableaux enchanteurs inspirés de toutes les Patries du monde, de toutes les expressions humaines. Sa fougue l'entraine à des élans lyriques qui font regretter son absence dans le répertoire de l'opéra...Son oeuvre majeure, "La Festa Del Grano", pour Orchestres à plectres et choeurs, par sa splendeur, ajoute encore à ce regret.
 
Nombre de ses oeuvres, admirablement écrites pour la mandoline et la guitare, laissent souvent chanter, avec bonheur, la mandole ; faut-il y voir une réminiscence de son premier amour musical...le violoncelle ?
 
Monsieur Christian PARMENTIER, Directeur de l'ENSEMBLE A PLECTRE DES HAUTS DE SEINE, trop jeune pour avoir connu le Maître, est allé à sa rencontre par sa musique. Il doit être loué pour sa décision de consacrer un disque en forme d'hommage à Mario MACIOCCHI près d'un demi-siècle après sa disparition.
 
C'est à bon droit que les mandolinistes et guitaristes, qui seront à n'en pas douter heureux de cette initiative, saluent en Mario MACIOCCHI le pur artiste, l'apôtre qui, au mépris de ses intérêts, s'est consacré corps et âme à la musique plectrale. Il l'a dotée d'un riche répertoire où tous les effets de l'orchestre à plectre sont mis en valeur.
 
Mario MACIOCCHI a su vaincre toutes les difficultés si spécifiques à notre musique d'ensemble. Il a dépensé son énergie à surmonter les obstacles que dressent sous les pas des novateurs et des mandolinistes, tous les adversaires et parasites incultes du mandolinisme. La tâche, un demi-siècle plus tard, n'est pas achevée.
 
Ce Maître restera, pour l'Histoire, le flambeau de la musique plectrale de la première moitié du XXe siècle.
 

Il nous a laissé en héritage les nombreux fruits de son génie. Il a aussi, par son oeuvre, communiqué aux générations suivantes, son enthousiasme et sa foi inébranlable en l'avenir de nos instruments, si souvent décriés et méprisés en France mais reconnus et respectés dans le monde.

 

            Georges-Charles BERNARD

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