Ensemble à Plectre des Hauts-Seine

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Sylvain DAGOSTO

18/08/2011 - Lu 3326 fois
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1917 -

 

Parmi les plaisirs que ma vie de très modeste mandoliniste m'a apportés il en est un qui a pris la forme d'une rencontre, il y a plus de 35 ans, avec un musicien d'exception : Sylvain DAGOSTO, chef d'orchestre et compositeur.
 
Monsieur Sylvain DAGOSTO est l'une des figures les plus attachantes du monde de la mandoline et de la guitare, tant par ses qualités de musicien que par le rayonnement profondément humain qui se dégage de sa personne. Il était promis aux orchestres à plectre ! Jugez-en !
 
Le 20 Mai 1917 à ALGER, nait le petit Sylvain DAGOSTO, dans une famille imprégnée de mandoline ; Monsieur DAGOSTO Père ainsi que Mlle DAGOSTO (sa soeur) jouent de la mandoline à l'ESTUDIANTINA de MUSTAPHA -ORPHEE sous la baguette de Monsieur Michel SCHIANO.
 
C'est de son Père, mandoliniste, qu'il reçut , dès 1926, ses premières leçon de solfège, puis de guitare : il avait alors 9 ans.
 
Il existait à ALGER un "Conservatoire Municipal de Musique" mais deux obstacles se dressaient alors ; d'une part il n'existait pas de cours de guitare et d'autre part le coût des cours de solfège n'était guère compatible avec les moyens financiers de la famille. De 1929 à 1932 il reçut les conseil de Monsieur François MARCO, professeur de guitare à ALGER. Le petit Sylvain dut apprendre, le plus souvent seul, ce qui ne l'empêche pas, dès l'âge de 13 ans , d'entrer à l'ESTUDIANTINA DE MUSTAPHA-ORPHEE où il sut tenir efficacement sa partie de guitare ; c'était le 5 Mai 1930.
 
Un désir profond animait Sylvain DAGOSTO ; celui de pouvoir écrire de la musique, de pouvoir exprimer, par l'harmonie des sons, ses sentiments et de traduire tous ces airs qui flottaient dans sa tête et son coeur.
 
Il s'inscrit à la "Société des Beaux Arts" d'ALGER qui était, en quelque sorte, une filiale du "Conservatoire Municipal" mais alors que ce dernier imposait une ségrégation financière, la "Société des Beaux Arts", association à caractère plus populaire, permettait l'accès à la culture pour les bourses modestes.
 
En 1935, c'est la classe d' "harmonie", dirigée par Monsieur WEBER, 2e Grand Prix de Rome, et violoncelle solo de l'Opéra d'ALGER, que Sylvain DAGOSTO choisit et bientôt naitra sa première oeuvre, "Fleur de Naples", il avait 18 ans. Cette valse a été publiée dans le N° 519 du 1er Juillet 1935 du journal de Monsieur Mario MACIOCCHI, "L'Orchestre à Plectre" (anciennement "L'Estudiantina").
 
Le 21 Novembre 1946 Sylvain DAGOSTO, à 29 ans, est admis à la SACEM en qualité de compositeur. Il ne s'en tient pas à la musique seule ; il écrit plusieurs textes de chansons qu'il signe de son pseudonyme : Jacques CANGEL. Il est reçu à son examen d'auteur de la SACEM le 11 Mai 1955, quelques mois avant le décès de Mario MACIOCCHI, comme si le destin avait voulu passer le relai entre ces deux appôtres de la musique plectrale de la première et de la seconde moitié du XXe siècle.
 
Depuis "Fleur de Naples" sylvain DAGOSTO est entré dans le vif du sujet. A ce jour il compte plus de 700 oeuvres déclarées dont 400 consacrées aux orchestres à plectre et une centaine consacrées à la danse et aux variétés. Cette richesse créative et plus d'un demi-siècle de présence comme sociétaire à la SACEM lui ont valu d'être nommé "Sociétaire Définitif" ...un titre rare.
 
Revenons un peu en arrière dans cette carrière exceptionnelle de Sylvain DAGOSTO.
 
 Du 5 Mai 1930 il appartient donc à l'ESTUDIANTINA de MUSTAPHA-ORPHEE, comme guitariste. Puis du 12 Juin 1939 au 16 Janvier 1946 il est guitariste à l'ORCHESTRE A PLECTRE de l' "Ecole Communale de Musique d'Hussein Dey" ; Sylvain DAGOSTO en sera ensuite le directeur artistique et professeur de mandoline et guitare, jusqu'au 22 Avril 1949.
 
Pour des raison familiales il devra interrompre ses activités pendant 6 trop longues années.
 
Très préoccupé de guitare, de mandoline, de musique, Sylvain DAGOSTO a cependant consacré quelques moments à sa vie d'homme. C'est ainsi que le 1er Avril 1939 il épouse Mademoiselle DI DONNA, mandoliniste de l'ESTUDIANTINA de MUSTAPHA-ORPHEE, dont le père était soliste du même orchestre. ; qui l'eut cru !! De cette union, bénie par la musique, vont naitre trois filles et deux garçons. L'un d'eux, Alain, dans les années 1970, a joué à l'O.A.P.SNCF de PARIS.
 
En 1955, Sylvain DAGOSTO reprend ses activités et crée le 12 Novembre de la même année (3 jours après le décès de Mario MACIOCCHI) le « MANDOLIN'CLUB d'ALGER ». Cet orchestre aura pour "parrain", le « MANDOLIN'CLUB de PARIS » dirigé par Madame RICADA-MATHOREZ. Monsieur José SENTIS, que Sylvain DAGOSTO a toujours admiré et respecté ; ils  étaient bien entendu de la fête.
 
Hélas le drame algérien n'épargnera pas le « MANDOLIN'CLUB d'ALGER » qui verra ses effectifs fondre quasi complètement et le 17 Août 1962 Sylvain DAGOSTO, qui avait résisté au maximum de ses moyens, devra, à son tour, capituler en songeant avant tout à sa famille.
 
C'est à MOURENX-VILLE-NOUVELLE (64) qu'il s'installe tant bien que mal avec sa famille ; il y est reçu par un ancien élève de l'ESTUDIANTINA d'HUSSEIN DEY et executant du MANDOLIN'CLUB d'ALGER.
 
MOURENX-VILLE-NOUVELLE est une cité dortoir de 13000 habitants qui s'y ennuient. Avec la "Maison des Jeunes" Sylvain DAGOSTO crée l' "Ecole de Musique de la M.J.C." qui deviendra 
l' "Ecole Municipale de Musique de MOURENX".
 
 Le coup d'essai est un coup de maitre : dès le premier trimestre 130 enfants se font inscrire. Il est le seul professeur. Son indemnité ne dépasse pas 300 francs alors que son loyer est de 270 francs. Toute sa famille est au chômage.
 
C'est alors que le Bureau local de la main-d'oeuvre lui offre un emploi dans l'industrie à PARIS ( Sté Souriau). Il vient seul en Juin 1963 y travailler, mais ne retrouve pas la position de cadre qu'il occupait à ALGER. Il est hébergé à AUBERVILLIERS (93) par un ancien musicien du MANDOLIN'CLUB d'ALGER ; c'est la seconde fois que pareil fait se produit démontrant ainsi la solidarité et l'amitié qui doit unir les membres d'un orchestre.
 
Enfin, en Février 1964, il obtient, par l'intermédiaire des parents d'un ancien élève du « MANDOLIN'CLUB d'ALGER » (encore...!!) un appartement à MASSY (91) et peut faire venir sa famille. Il travaillera dans l'industrie jusqu'en septembre1966.
 
Pendant ces longs mois de solitude il ira de temps à autre jouer de la guitare à l'OAP.SNCF sous la baguette de Monsieur MARTEAU et le samedi chez Madame ADOFE, rue Saulnier... l'ancienne "caverne" de Mario MACIOCCHI. Ces quatre années ont été un véritable tunnel .
 
En Octobre 1966 il voit poindre un espoir sous la forme d'une nomination en qualité de professeur de solfège et guitare au "Conservatoire Municipal" de MASSY..... dont le directeur, Monsieur LAFFONT n'est autre que l'ancien directeur des "Beaux Arts" d'ALGER, ... toujours la solidarité.
 
D'octobre 1966 à Octobre 1968 il enseignera aussi à la M.J.C. de SCEAUX (92).
 
En Janvier 1966, après que Monsieur MARTEAU eut quitté son poste de Directeur de l'OAP.SNCF de PARIS le Président, Monsieur OLIVIER, par ailleurs Conseiller Municipal à COUBEVOIE, téléphona à Monsieur HERMANN, alors Président de la C.M.F. , pour lui demander un Directeur pour l'orchestre. Monsieur HERMANN lui conseilla de solliciter Sylvain DAGOSTO qui accepta et assura un concert à LAUSANNE (Suisse) un mois plus tard ! En outre il a pris en charge les cours de l' "Ecole de Musique de l'Orchestre."
 
En 1967 il joue ,en qualité de mandoliniste à l' "Alhambra Maurice Chevalier" pour les ballets de Roland PETIT et à deux reprise avec l' "Orchestre de l'Olympia" pour accompagner Enrico MACIAS.
 
En 1970, il est sollicité par les "Editions Musicales CHAPPEL" dont le Directeur artistique est le regretté Pierre DUCLOS que les musiciens connaissent pour sa musique récréative, ses "paysages", et ses oeuvres "à l'ancienne" signées, François DE BOISVALLEE.
 
Sylvain DAGOSTO avait déjà réalisé de très nombreux arrangements pour "orchestre à plectre" ; dès 1970, suite à cette demande des "Editions CHAPPEL" il se met à l'ouvrage et une cinquantaine d'oeuvres sortent de sa plume. C'est le succès de ce travail qui conduit les "Editions CHAPPEL" à promouvoir l'enregistrement de divers titres.
 
Sylvain DAGOSTO s'est attaché à sa nouvelle tâche de Directeur de l'OAP.SNCF avec joie et conviction ; il entraine son orchestre dans une émission télévisée de Monsieur Jacque CHABANNE : "Paris Club". Sous sa direction l'OAP.SNCF de PARIS connaitra de nouveaux et brillants succès. En 1973 c'est le "Grand Prix du Disque" de l' "Académie Charles CROS" avec un disque 33T intitulé, "Les Plus Belles Pages de la Mandoline" et la même année, la "Cithare de bronze" de l' "Association Française de Musique Récréative".
 
Ces enregistrements répondent bien au souci de propagande mandolinistique qui anime SYLVAIN DAGOSTO : "Il faut faire ressortir ce qu'est un orchestre à plectre", dit-il, puis précisant sa pensée en ce qui concerne la mandoline : "Il faut que la mandoline vive. Pour celà il faut sortir des sentiers battus au plan du répertoire et que tous les orchestres s'unissent. J'ai confiance en l'avenir de la mandoline pour peu que l'on sache la mettre en valeur comme de grands compositeurs l'ont fait".
 
"Sortir des sentiers battus"..c'est bien ce que Sylvain DAGOSTO a fait avec sonENSEMBLE A PLECTREdu "Conservatoire" de LONGJUMEAU en présentant à un concours de la C.M.F. une oeuvre de Konrad WÔLKI, "Wechsel Spiele", et ce qu'il continue à faire en glissant dan ses concerts des oeuvres modernes de nature à satisfaire les jeunes générations.
 
Le directeur d'orchestres à plectre qu'il est, est un ardent défenseur des musiciens amateurs et donc de l'art musical populaire : "L'amateur vient à l'orchestre pour l'art et le plaisir, non pour l'argent et c'est pour cette raison que l'orchestre est (doit être) une véritable famille". Monsieur DAGOSTO se plait à souligner que son amis Jacques POTTIER, de l'Opéra de PARIS, qui chantait, accompagné par l'OAP.SNCF, avait souvent évoqué ce caractère familial de l'orchestre en regrettant de ne l'avoir jamais trouvé dans le cadre professionnel.
 
En 1967 il est nommé professeur à l' "Ecole de Musique Agréée d'Etat" de LONGJUMEAU (91) où il enseigne la mandoline et la guitare. Il enseignera aussi de 1972 à 1981 à ATHIS-MONS (91), ...de 1973 à 1977 à BOIS-COLOMBES (92), ...en 1986 et 1987 à CHEVILLY-LARUE (94).
 
En 1980 il a créé le "Conservatoire Municipal de Musique"  de CHAMPLAN (91), et, en 1994, l' "Ecole Départementale de la Mandoline de l'Essonne" au sein du "Conservatoire Municipal de Musique" de BONDOUFLE (91). Il dirige et enseigne dans ces deux établissements.
 
En 1976 il quitte l'OAP.SNCF et deux ans plus tard crée l' ENSEMBLE INSTRUMENTAL A PLECTRE du "Conservatoire" de LONGJUMEAU.
 
J'ai eu le plaisir de voir et d'entendre cet orchestre lors d'un festival de plectre à VIENNE (38) en Avril 2000. J'ai eu aussi grand plaisir à retrouver Sylvain DAGOSTO sous la direction duquel j'ai joué , à l'OAP.SNCF, dans les années 70. En 1972, lorsque j'ai créé le premier "Festival International" à COURBEVOIE j'avais sollicité Monsieur DADOSTO pour en assurer la Présidence ; il n'a pas hésité un seul instant et a, en outre, collaboré à la direction de l'"Ensemble de Paris"avec Monsieur Robert PARMENTIER. Si ce festival a eu lieu, et si les japonais y sont venus, c'est parce que Monsieur Sylvain DAGOSTO, loin de tirer la couverture à lui, a su et voulu partager ses connaissances et ses relations.
 
Dans le monde des plectres, il a toujours su offrir, donner, partager et valoriser , non seulement les instrumentistes mais aussi les autres chefs. Un exemple à suivre pour les égocentriques qui focalisent sur leur nombril.
 
A 84 ans il reste le brillant chef, dynamique et talentueux défenseur des plectres. Il est sans conteste le "MACIOCCHI" de la seconde moitié du XXe siècle,... par son talent, par ses compositions originales, par ses arrangements de qualité, par son action permanente de formation, par sa générosité dans tous les sens de ce mot.
 

Georges-Charles BERNARD

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